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Comportementaliste & Educateur canin (67)

Comportementaliste & Educateur canin à Leutenheim (67)

Ce que les Saarloos m’ont appris…

Huit ans… et déjà cinq chiens-loups de Saarloos ont partagé ma vie, m’ont accompagnée, ébranlée, touchée, ils m’ont appris des secrets que les races plus traditionnelles gardent enfouis sous des siècles de domestication et de sélection contrôlée par l’homme.

En voilà l’essentiel. Cet article est tiré de mon expérience personnelle, de mes chiens, mais chaque individu est unique, et on retrouve un éventail varié de profils et de relations homme/chien dans chaque race. Le Saarloos n’y fait pas exception.

Le Saarloos

La race du Chien-Loup de Saarloos a été crée dans les années 1940 par Lendert Saarloos, par hybridation entre une louve de Sibérie et un berger allemand. Elle a été reconnu par la FCI seulement en 1975.

Le but premier était d’en faire des chiens d’assistance : chien d’aveugle, chien-sauveteur, chien de défense… Les vidéos d’époque en noir et blanc faites pour promouvoir la race sont à mourir de rire tant on voit que les Saarloos ont peu d’aptitudes pour ces pratiques.

Ils sont donc devenus des chiens de compagnie, tout simplement.

La proximité génétique avec le loup – tant physique que comportementale – , entretenue voire renforcée par une sélection d’élevage visant un aspect lupoïde et un tempérament réservé (souhaité par le standard FCI * ) a fait du Saarloos un chien totalement à part, qui laisse coi et démuni la plupart des éducateurs canins.

Mais il a peur votre chien !

Ce qui surprend au premier abord, c’est son tempérament réservé et distant. Souvent à la première rencontre, on pense « chien traumatisé » ou « syndrome de privation sensorielle ».

Il n’en est rien. Le Saarloos est comme çà : réservé, voire craintif. Et il le vit relativement bien, si tant est qu’on ne le confronte pas à l’objet de sa crainte par une immersion totale qui le conduirait à un état de détresse acquise.

Il parait impossible pour les gens de croire que ce chien-loup qui rase les murs, tête basse, fouet ramené sous le ventre, est à la maison celui qui fait mille bêtises et pitreries, se laisse câliner sans limites et adore les soirées canapé.

Et pourtant, une fois loin des regards étrangers, Jojen pique tous nos chaussons et torchons pour grandir son tas de trésors, For Ever joue comme un chiot avec ses amis chiens, et Dyna passe son temps à vous observer d’un œil émerveillé, vous les humains, comme si elle regardait une émission de téléréalité.

Dyna surveille les voisins…

La propreté

Mes Saarloos sont tous arrivés chez moi adultes, quatre sur cinq n’ayant connu que la vie en élevage.
Pour certains, la propreté à l’intérieur a été innée, et pour d’autres, elle est encore aléatoire aujourd’hui!

For Ever urine par frustration, anxiété, peur; Jojen urine d’excitation, de joie, de contentement après un repas….

Ils savent se retenir, mais en fonction de leurs émotions, ils peuvent uriner là où ils se trouvent, même s’ils sont adultes.

Dyna est propre en toutes circonstances (comme l’était Mystic aussi, pourtant adopté à l’âge de 7 ans).

Une communication intra spécifique parfaite

Voir interagir des chiens-loups entre eux est une source de fascination et d’apprentissage sans limite.

Ils maîtrisent à la perfection les codes canins, savent se présenter, éviter, déplacer l’autre, protéger une ressource, faire allégeance ou montre d’autorité dans un langage totalement limpide.

Cette maîtrise du parler-chien a un revers : ils tolèrent souvent mal l’impolitesse canine.

Les chiens qui brûlent les étapes dans les présentations, qui sont trop agités ou irrévérencieux se voient donc remis à leur place de façon impressionnante par le Saarloos, à grand renfort de grondements et de mimiques très théâtrales.

Jeux de saarloos.jpg

Jeux de Saarloos

Une obéissance fluctuante

Très souvent quand vous demandez quelque chose à un Saarloos, il pèse le pour et le contre avant de s’exécuter, ou non.

Et s’il y a conflit de motivation (par exemple : revenir vers vous pour avoir une friandise OU partir chasser ce chevreuil tellement tentant), il choisira très probablement l’option qui lui apportera la récompense qui a le plus de valeur (votre friandise ordinaire OU le frisson rare et excitant d’une partie de chasse).

Le Saarloos est un chien très intelligent, avec qui il faut apprendre à négocier, se faire aimer, l’amener à ce qu’on veut par des moyens positifs. Toute méthode coercitive ou dictatoriale est d’avance vouée à l’échec.

Il est donc évident que les clubs canins traditionnels pratiquant les techniques d’éducation obsolètes ne sont pas du tout adaptés.
Le seul club canin compétent que j’ai trouvé (après nombre de clubs testés) est l’Espace Canin Geispolsheim. Et chaque dimanche matin, mes chiens vont à Récré@2 pour apprendre, mais pas que…

Des capacités et des compétences de prédation époustouflantes
Dyna et son trésor

Dyna a reçu un cadeau d’un chasseur du village 🙂

Beaucoup de Saarloos maîtrisent tous les patrons-moteurs de la séquence comportementale de prédation, de la phase appétitive (« Oh, j’ai senti une piste ! ») jusqu’à la digestion parfaite de la proie, en passant par la poursuite, la mise à mort et l’ingestion.

La prédation, faute d’une bonne familiarisation dans les premiers mois de vie, peut s’exercer aussi sur tout individu que le chien n’a pas identifié comme « espèce amie » : les chats, les petits chiens, les enfants, les personnes âgées à la démarche claudicante…

Le patron-moteur « poursuite » peut s’activer très facilement chez le Saarloos (comme pour d’autres races comme le border collie par exemple), juste à la vue d’un mouvement : un vélo ou une voiture qui roule, un oiseau qui prend son envol, un chat qui passe vite.…

For Ever a déjà entamé une poursuite d’un camion qu’il voyait au loin rouler sur l’autoroute à 500 mètres de nous. Il sait très bien qu’il ne mangera pas ce camion, mais la perception visuelle du mouvement a été le stimulus déclencheur de la poursuite ; c’est instinctif, c’est de la prédation.

Dyna quant à elle, mange souvent le fruit de ses petites chasses : mulots, oiseaux et oisillons. Chacune de ses chasses fructueuses renforce encore plus son comportement (car quelle meilleure récompense qu’une proie fraîche à déguster?)

Des peurs et des phobies improbables
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Une des phobies de For Ever : les avions de ligne dans le ciel.

For Ever a tour à tour eu la phobie : des lampadaires ronds, des avions de ligne (ceux qui volent très haut et dont on ne voit qu’un point minuscule dans le ciel), de la neige qui tombe, des fumées et autres choses qui bougent dans les airs, des cannes à pêche…

Pourtant tous ces objets sont banals et communs, presque invisibles pour la plupart des autres chiens.

Dyna a longtemps eu du mal à passer une porte (comme certains chevaux) : elle paniquait et tirait au renard en bout de laisse.

Les peurs chez le Saarloos sont profondes, elles apparaissent durant les premiers mois de vie, ou plus tard, et peuvent être si intenses que le chien se retrouve prostré, les pupilles en mydriase, dégoulinant de longs filaments de bave, vidangeant ses glandes anales…

Habituation, désensibilisation, familiarisation responsable, emploi de congénères plus à l’aise, sont de précieux alliés pour atténuer et contrer ces craintes.

Un chien qui ne peut pas vivre seul dans son espèce

Si le chien est un animal social, on peut dire que le Saarloos est un animal hypersocial : pour son équilibre, il a un réel besoin de vivre et d’interagir avec ses congénères. Et cette compagnie canine n’est pas remplaçable par la compagnie humaine.

Sauf quelques rares exceptions, la grande majorité des Saarloos ne vit pas bien tout seul. Ils ne s’épanouissent pleinement qu’en compagnie d’autres chiens.

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Et pour certains Saarloos, un chien d’une race courante, ou de petite taille, ou d’un certain tempérament, ne sera pas un compagnon suffisant, même s’il est un chien « ami ».
Ainsi, quand Mystic est mort, Dyna est entrée dans un réel état de choc, passant des jours et des nuits agités, à hurler, à faire les cent pas de façon stéréotypée, ne dormant que de rares heures, vaincue par la fatigue. Et cela malgré la présence de Cupidon avec elle, son ami westie.
L’arrivée de For Ever, un Saarloos, l’a apaisée et l’a littéralement fait revivre.
Dyna ne vit bien qu’entourée de Saarloos. Elle aime beaucoup les autres chiens, mais ne s’épanouit qu’au milieu de congénères de sa race.

Une dangereuse propension aux agressions de meute (ou ganging)

Dyna, For Ever et Stark.jpgUne agression de meute est une agression d’un groupe de chiens contre un individu seul.

La facilitation sociale et l’excitation de cette activité de groupe font disparaître toute inhibition et toute cohérence dans la séquence comportementale.
Ce type d’agression, dans laquelle les morsures sont intensifiées par le contexte, peut conduire à la mort de l’individu attaqué.

Dyna et For Ever ont un jour attaqué Cupidon, le westie avec qui ils cohabitaient depuis des mois. Les morsures ont été intenses et tenues, et Cupidon s’en est sorti avec beaucoup de points de suture et un drain.
Durant cette attaque, les Saarloos ont montré un comportement harcelant, sans réelle phase d’arrêt (quand l’un arrêtait, l’autre recommençait, etc.) : ils étaient dénués de toute logique dans leur agression.

Les agressions de meute ne sont pas seulement le fait des Saarloos. Les chiens seuls (souvent de petites tailles) qui se font agresser et tuer par des groupes de chiens promenés en liberté, que ce soit dans un parc ou en forêt, ne sont malheureusement pas des exceptions.

Le Saarloos, un chien qui sert à rien ?

Certes, le Saarloos n’est pas un chien de berger, de travail ou d’agility.

Son tempérament proche des chiens primitifs le fait plus ressembler à un chien-chat ou un chien-cheval. D’ailleurs les gens doués avec les chevaux le sont très souvent aussi avec les Saarloos.

Avec un tel chien, on apprend à lâcher prise, à ne plus tout contrôler, à l’aimer sans attendre forcément quelque chose en retour… On sort des limites de la traditionnelle relation chien/homme.

Joël Dehasse écrit dans « Tout sur la psychologie du chien » :

Certains chiens montrent beaucoup d’indépendance. Cela ne signifie pas qu’ils ne nous aiment pas, mais plutôt que leur attachement est différent : notre présence sécurise certains besoins fondamentaux (nourriture, jeu, contact social) mais nous ne sommes plus guère une source d’apaisement. En cas de peur, ils ne se réfugient pas chez nous pour qu’on les apaise et pour faire face ensemble à la situation stressante, mais ils fuient loin de nous. Nous pouvons encore jouer le rôle de coach, de leader, mais plus de maître ; cette situation engendre le déplaisir de nombreux propriétaires, qui désirent être le point de référence et d’affection de leur chien.
L’homme ne veut pas d’un chien autonome ; il désire un chien dépendant.

Le Saarloos est un chien qu’on accepte comme il est, qu’on apprivoise (parfois même si on l’a adopté chiot), auquel on s’adapte, et avec qui on avance ensemble, par vers un but défini, car c’est la meilleure façon de tout rater, mais dans l’optique de faire de chaque instant un moment harmonieux et respectueux.

* Extrait du standard FCI n° 311 du Chien-Loup de Saarloos :
COMPORTEMENT / CARACTERE :
Chien vif et débordant d’énergie, de caractère fier et indépendant. Il n’obéit que de sa propre et libre volonté ; il n’est pas soumis. Il est attaché à son maître et au plus haut degré digne de confiance. Envers les étrangers, il est réservé, passablement méfiant. Sa retenue et, dans des situations inconnues, son instinct de fuite semblable à celui du loup sont typiques pour le chien-loup de Saarloos et devraient être maintenues comme particularités de la race. A l’approche d’un chien-loup de Saarloos, les étrangers devraient faire preuve d’une certaine compréhension envers le comportement de ce chien, pour sa réserve circonspecte et pour son instinct de fuite, particularités qu’il porte dans son patrimoine héréditaire. Une approche forcée et indésirable par un étranger peut provoquer la manifestation de l’instinct de fuite. En empêchant cet instinct de se manifester, par exemple en diminuant la liberté de mouvements du chien par une laisse, le chien peut se comporter comme s’il avait peur.

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