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Comportementaliste & Educateur canin (67)

Comportementaliste & Educateur canin à Leutenheim (67)

Promener en laisse son chien réactif de 50 kilos, quand on pèse soi-même 50 kilos. Partie 2/2

Dans la première partie de cet article (Promener en laisse son chien réactif de 50 kilos, quand on pèse soi-même 50 kilos. Partie 1/2) nous avons vu comment bien s’équiper pour promener son chien réactif de grand gabarit.

Néanmoins, pour bien contrôler son chien réactif en extérieur, le matériel ne fait pas tout.

Vos interactions avec votre chien, vos décisions, vos réactions face aux situations rencontrées, votre niveau de stress personnel, votre concentration.., tous ces paramètres influent sur la façon dont votre compagnon va se comporter au bout de la laisse.

Avant tout, en promenade, il est impératif d’être concentré sur votre environnement et votre chien.
Dalmatien regardant au loinVotre chien a une acuité visuelle très performante, capte les mouvements bien au-delà de notre perception humaine (cela lui est bien utile pour chasser).

Vous devez voir au-delà du champ de vision de votre chien, scanner le décor au loin, mais aussi être attentif au moment où vous tournez au coin d’une rue, où vous passez près d’un endroit masqué par de la végétation ou une palissade.

Des promeneurs au loin ? Peut-être leur petit jack russel gambade-t-il à quelques mètres d’eux dans les herbes hautes…
Un portail fermé ? Peut-être qu’un border collie se tapit juste derrière, prêt à aboyer et courser le long de sa clôture quiconque osera s’approcher…

En étant attentif à tout, vous aurez la capacité d’anticiper beaucoup de situations, afin de les appréhender de façon réfléchie et adaptée.

Votre chien vous envoie également beaucoup d’informations. Vous le connaissez, vous savez lire ses signaux d’inconfort, ces moments où il commence à être tendu, quand ses mâchoires se crispent, son regard se fait plus fixe, son corps se tend, son poil se hérisse sur sa ligne dorsale…

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Une fois en promenade, face à une situation critique, vous avez plusieurs possibilités d’actions, à utiliser de façon isolées ou combinées :

– Prendre de la distance
Votre chien est attaché en laisse, il n’est donc pas libre de ses mouvements, mais doit se plier à votre bon vouloir.

C’est vous qui décidez du trajet de la balade, de combien de temps elle durera, et c’est vous qui choisissez même jusqu’à quel trottoir emprunter.

Si votre chien est réactif en laisse (que ce soit par rapport à des congénères, des enfants, des motocyclettes ou autres), c’est très souvent parce que la vue et/ou la présence d’un objet ou d’un individu l’irrite ou l’effraie fortement.
Pour qu’il puisse se calmer, il faut l’amener à une distance où il ne se sentira pas perturbé émotionnellement par ce stimulus anxiogène. Une distance où il sera à nouveau serein et à votre écoute.

Mettez-vous à sa place un instant : quelqu’un vous tient fermement, et vous emmène de force dans un endroit qui vous mets mal à l’aise, par exemple une ruelle sombre où d’inquiétantes silhouettes rôdent. Vous n’avez pas le choix, la personne qui vous tient vous tire vers là, et elle est plus forte que vous. Comment vous sentez-vous ? Où en sont votre adrénaline et vos signaux d’alerte internes ? Et vous avez beau objecter, essayer de refuser, de négocier, la personne continue de vous tirer vers cet endroit et ces gens inquiétants…

La solution la plus simple pour vous et votre chien est donc de vous écarter de la source de son stress, par exemple en changeant de trottoir, ou même en faisant demi-tour pour emprunter une autre rue.

S’écarter, ce n’est pas fuir le problème, c’est agir intelligemment de façon responsable, respectueuse et constructive.

Groupe de golden retriever

Voici un exemple de passage de portail très stressant pour votre compagnon canin.

– Habituer votre chien
Une fois que vous avez trouvé la « distance critique » de votre chien (la limite à partir de laquelle il va ressentir de la peur et développer sa réactivité), vous pouvez commencer un travail d’habituation et de désensibilisation avec lui.

Commencez à l’entraîner à partir de la distance où il se sent à l’aise.
Petit à petit, vous pouvez maintenant lui apprendre à passer ces endroits et individus critiques, en vous approchant chaque fois un peu plus, tout en le concentrant sur son jouet préféré ou ses délicieuses friandises, et en le félicitant quand il est calme et détendu.

En associant renforcement positif et approche progressive, tout en prenant en compte son niveau de stress pour ajuster les exercices, vous le mettez en confiance, vous respectez ses émotions, et votre chien fera l’association « présence du stimulus effrayant ou irritant = friandises/jouet/moment agréable ».

Il est néanmoins impératif d’agir de façon très progressive dans cette méthode, faute de quoi, au lieu de l’habituer, vous risquez de le sensibiliser encore plus en augmentant sa peur ou son irritation face à la cause de sa réactivité.

 

– Eviter le stress inutile
Nul besoin de forcer votre chien réactif à affronter ses pires démons, comme le font encore certains bourreaux qui se disent éducateurs canins.

Si vous êtes arachnophobe, ce n’est pas en vous plongeant de force dans une baignoire pleine d’araignées que votre phobie disparaitra. Si il est une personne que vous haïssez de tout votre coeur, ce n’est pas en vous forçant à passer du temps près d’elle que vous allez vous découvrir une folle passion pour elle.

Chien réactif en laisse.pngEn forçant votre chien à passer le plus prêt possible de ce qu’il n’aime pas, pire, en le bloquant avec des ordres stricts, en lui criant dessus, vous ne lui apprenez rien de bon. Lui, dans sa réalité de chien, vivra cela comme un moment de stress négatif intense et très pénible, une situation subie qu’il essaiera de fuir si elle se reproduit, et qu’il tentera alors de fuir par les seuls moyens à sa disposition : la menace, et si la menace n’est pas efficiente, la morsure.

– Anticiper
Vous connaissez votre environnement, ses lieux sensibles, vous savez qu’à telle heure passent les adolescents qui vont au collège, que le yorkshire que votre chien ne supporte pas est dans son jardin entre 14 heures et 15 heures.

Grâce à votre maîtrise de tous ces paramètres, vous êtes en mesure d’anticiper les situations tendues, en recaptant l’attention de votre chien avant de passer ces endroits, en raccourcissant la laisse pour le faire marcher au pied, en lui donnant un ordre qu’il connait bien et saura restituer aisément (« on avance » ou « tu laisses » par exemple).

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Les friandises… 🙂

– Avoir son attention
Muni de vos super-friandises (quitte à se promener avec des morceaux de panse séchée en poche !), habituez votre chien à recentrer son attention sur vous, en le récompensant exactement au moment où il vous regarde dans les yeux. Associez un mot à cet action (personnellement j’utilise « regarde-moi » avec mes chiens).

Répétez cet exercice dans un environnement calme jusqu’à ce que votre chien restitue correctement cet apprentissage.

Puis vous pouvez continuer en vous exerçant dans une rue tranquille, puis plus animée…

Ainsi, quand vous passerez à proximité des éléments qui déclenchent la réactivité de votre chien, il sera plus facile pour lui de détacher son regard de ce qui l’irrite pour se recentrer sur vous. Face à un stimulus irritant, il pourra alors vous proposer cet autre comportement qu’il sait que vous récompenserez : le regard vers vous. L’air de rien, voilà, vous avez effectué ce que l’on appelle un contre-conditionnement.

Voici quelques exemples d’autres exercices utiles tirés du site du Dr Sophia Yin :
Dr Sophia Yin 1Dr Sophia Yin 2Dr Sophia Yin 3Dr Sophia Yin 4

– La télécommande
… pas celle d’un collier électrique, bien sûr que non !
Vous êtes la télécommande. En apprenant à votre chien les directions droite et gauche, et les ordres « en avant », « au pied », « attend », « recule », vous pourrez lui indiquez verbalement le trajet que vous souhaitez emprunter (même s’il est en laisse).

Ces commandes facilitent grandement les promenades, qui deviennent alors une activité en symbiose avec son chien, un échange, une coopération aisée : vous indiquez la direction, votre chien la suit, vous félicitez (une récompense verbale suffit souvent pour cela, une fois les « commandes » bien apprises).

Face à un stimulus irritant ou effrayant, vous pouvez alors « driver » votre chien, vous vous comportez en leader rassurant qui prend en charge la situation, votre chien est donc rassuré et apaisé.

– Rediriger
Si la réactivité de votre compagnon canin est montée à un point culminant, qu’il déborde d’adrénaline et d’agressivité, il se peut qu’il redirige la tension ressentie vers le premier support qu’il trouvera à sa portée. Il peut alors produire une agression redirigée sur vous ou un autre congénère à proximité (kézako ? voici un article expliquant ce que sont Les agressions redirigées).

Si votre chien est de ceux qui ont besoin d’évacuer leur stress par leurs mâchoires, l’utilisation d’un boudin de mordant ou d’un simple bâton de bois peut vous être utile.
Au moment d’excitation ultime, vous présentez à votre chien le support (boudin, bâton) sur lequel il pourra décharger sa morsure.

– La chasse aux trésors roulants
En passant près de l’effroyable monstre qui énerve tant votre chien, vous pouvez aussi rediriger l’attention de votre chien sur des friandises.

Ces friandises, au lieu de les tenir simplement dans votre main, vous pouvez les faire rouler au sol devant lui.

Beaucoup de chiens sont autant gourmands que chasseurs. Le stimulus visuel d’un croquette qui roule devant eux déclenche quasi automatiquement la poursuite et la capture de cette petite proie délicieuse.

Vous pouvez ainsi faire avancer votre chien, en faisant rouler une après l’autre des friandises (ou des bouts de lard fumé, de viande séchée…) à 50 cm ou un mètre devant lui. Concentré par cette poursuite, il oubliera l’environnement irritant qu’il traverse, et vous pourrez l’amener de façon douce et agréable pour lui à passer l’animal ou l’humain cause de sa réactivité.

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– Laissez-le vivre sa vie de chien
Votre chien est un animal social, qui a besoin de contacts libres, réguliers et positifs avec des congénères équilibrés.
Il a également besoin de satisfaire ses besoins primaires, tels que l’activité physique (variable selon les races et les individus), l’alimentation, les jeux, la mastication, l’exploration olfactive etc.

Un chien repu de toutes ces actions nécessaires au maintien de son homéostasie, sera plus serein et plus à votre écoute quand vous le promènerez en laisse.

– Respecter ses limites
La majorité des chiens de compagnie sont capables d’améliorer leurs attitudes en laisse, mais pour une poignée d’entre eux , c’est chose impossible…
Que cet état de réactivité soit causé par leur génétique, leurs conditions de développement précoce, leurs expériences et apprentissages, leur profil émotionnel…, dans certains cas, arrivent à un moment les limites des capacités d’apprentissage et d’habituation du chien.

Dans ces cas-là, il est tout à fait possible de continuer à vivre presque normalement avec votre chien. En sécurisant vos promenades, en choisissant vos heures, lieux et trajets, en muselant si nécessaire pour passer certaines zones de tension, vous pouvez continuer à offrir à votre chien les sorties tant essentielles à son équilibre.

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